POETIK… BOUTIK

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Un magasin où l’on pourrait tout vendre et tout acheter… Et l’amour dans tout ça ?!

article  de L.Quersonnier le 17 mars 2018

(Première du spectacle Boutik au Théâtre de la méditerrané LA VISTA)

Avec cette pièce manifeste, Valeria Emanuele signe une première  mise en scène visionnaire  et résolument contemporaine. Ancrée dans son époque donc mais aussi sur son territoire : sur l’écriture incisive de l’auteure Sarah Fourage et les musiques rock de Dimoné, Grégoire Martino prend les traits d’un adolescent rebelle en manque de repère.

Le comédien seul en scène dépeint avec une extrême lucidité la marche obscure dans laquelle notre jeunesse hyper-digitalisée est lancée depuis plusieurs années.

Une ode à l’adolescence qui relate avec finesse l’ambivalence qu’éprouvent ces esprits jeunes dans un monde ultra-normé qui voient dans leur majorité un eldorado de liberté. Là où nos aïeux rêvaient de terres à parcourir, cette jeunesse rêve d’une liberté digitale à outrance. «Avec BOUTIK, je deviens quelqu’un c’est magique ! ». Là où la nature faisait rêver il y a encore une décennie, c’est le clavier numérique qui a pris le devant de la scène.

Toutes les ficelles de l’adolescence version 2018 sont tirées : de l’utilisation des réseaux sociaux, aux relations amoureuses gonflées aux hormones, des premiers émois de la sexualité à l’amitié virtuelle façon Facebook, on chemine dans la vie d’Alinéo qui désespère… De qui ? De quoi ? De Carina sans doute, dont il amoureux et auprès de qui il ne sait comment déclarer sa flamme. Car si internet permet aujourd’hui de se faire passer pour un poète des temps modernes, un rendez-vous amoureux restera toujours sources d’émotions, de mains moites et de cœurs qui bat la chamade, peu importe l’époque et les machines qui nous alièneront.

Si la noirceur des dérives de cette arme machiavélique qu’est internet est suggérée à plusieurs endroits, l’habileté des artistes est de nous laisser le soin de tirer nos propres conclusions et nos propres scénarii sur ce qu’il advient de ce protagoniste qui perd pied dans sa prison mentale (et digitale).

La pièce nous interroge également sur l’instantanéité et la satisfaction immédiate auxquelles sont confrontées nos enfants : comment faire face à la frustration et à la patience que requiert la construction d’une relation quelle qu’elle soit (amoureuse, familiale ou professionnelle) quand on est constamment habitué.e à avoir tout en deux temps, trois clics ?

Comment se construire et se structurer quand la machine crée de toutes pièces des identités multiples ? «Mon avatar, mon moi-je en beaucoup mieux».

Car l’intelligence que développent ces adeptes de la toile n’exclut en rien la sensibilité qui est la leur, de plus en plus extrême, de plus en plus vive. La machine donc, comme perturbatrice d’un développement sain. Une société qui produit des esprits incapables de se concentrer plus de 5 minutes sur un sujet avec une complète inaptitude à vivre le moment présent, synonyme de joies et de plaisirs simples et authentiques.

Avec cette proposition soignée et talentueuse, Valeria Emanuele nous rappelle le rôle majeur que revêt l’artiste dans notre société : celui de dépeindre avant l’heure les dérives et les contours du monde dans lequel nous vivons. L’attention est à son comble dans ce petit théâtre de quartier et rarement on aura vu autant de mains levées après un spectacle de théâtre.

Car sans renier l’héritage qu’on doit aux grands noms de cet art de la scène, il faut avouer que le renouvellement du genre est attendu pour cette génération de «digital native» ou «millenials».

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, , , , , , , , , 7 mai 2018

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