La Mégère Apprivoisée

Divine tragédie, 2ème volet
Mise en scène de Mehdi Benabdelouhab

Création : Janvier 2012

Durée : 2 h00 – Jauge : jusqu’à 700 personnes

On voit souvent dans La Mégère apprivoisée une pièce rustique et misogyne. Si elle souffre à certains égards de l’évolution des mœurs (elle daterait de 1594), elle se révèle plus complexe et plus riche qu’il n’y paraît.

La pièce a le goût de la farce, orchestrée par les rapports tumultueux qu’entretiennent Petruchio, coureur de dot et de challenge, et Catarina, fameuse mégère. Plus qu’un simple duel, c’est une véritable corrida à laquelle nous assistons, entre une « bête » farouche et son matador, son « maestro », intrépide et vaillant.

Passes d’armes, piques assassines, estocades verbales aussi impitoyables que savoureuses, ces deux là ne reculent devant rien pour défendre leur honneur et leur droit : et l’on comprend bien vite que la sensualité et la bestialité le disputent aux premiers émois amoureux.

Mais, comme dans toute corrida, le choc frontal ne tolère pas le mensonge : et, de fait, Petruchio et Catarina sont les seuls personnages de la pièce à ne pas mentir, à ne pas voiler leurs intentions dans un jeu d’illusions et de faux-semblants. Eux seuls sont vrais.

Catarina est un animal indompté, fougueux : elle affirme une certaine modernité, en ce qu’elle revendique sa liberté, celle de vivre selon son cœur et de choisir son mari. Plus que d’être matée, elle attend d’être conquise, séduite par un homme qui la mérite, et digne de son respect. N’est-ce pas l’une des dynamiques de toute relation amoureuse ?

Et si celle que l’on traite de mégère n’était au fond qu’une femme trop méfiante, effrayée par tous ces hommes qui veulent l’épouser ? Et si la soumission finale n’était au fond qu’une déclaration d’amour envers ce rustre Petruchio qui, à défaut de la briser, deviendrait fou d’elle ?

En Petruchio, Catarina trouve un être à sa mesure. Lui aussi a ses failles, à rechercher tout d’abord dans son cynisme… Mais son opportunisme ne se dépare pas de générosité et d’honnêteté. Cet alliage d’impudence et d’altruisme fait l’attrait de ce gaillard.

Face à ces deux fortes têtes, entières et sans compromission, les autres personnages font pâle figure. Effigies futiles, versatiles ou volages, elles n’en sont pas à un mensonge, une dissimulation ou un travestissement près. Après avoir longuement soupiré pour Bianca, Hortensio s’entiche de la première veuve venue tandis que Bianca en épouse secrètement un autre, révélant au passage une effronterie jusque là insoupçonnée. Etrangement d’ailleurs, ce qui était présenté d’emblée comme un prétexte narratif, le « placement » de la mégère comme condition au mariage de la cadette, est le ressort principal de l’intrigue.

La moralité de la pièce tient dans ce jeu de métamorphoses croisées : celle de la mégère en épouse affectionnée, celle de la douce cadette en embryon de garce, celle de l’amoureux transi en libertin, celle, enfin, de l’aventurier cynique et intéressé en époux attentif.

C’est sur ce point que La Mégère trouve sa place dans la fresque de la « Divine Tragédie », initiée par la compagnie Les Têtes de Bois avec Volpone de Ben Jonson. Les deux pièces partagent les mêmes ressorts. Sous la farce pointe le tragique de la destinée humaine. Au bout d’un subtil jeu de contraires, de paradoxes, de renversement des codes, le Vrai finit toujours par triompher des apparences et le Juste trouve son chemin dans les méandres de l’âme et les errances du cœur.

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Dates de tournée

A venir…

Distribution

  • Mise en scène : Mehdi Benabdelouhab
  • Avec : Mehdi Benabdelouhab, Jean Bard, Valeria Emanuele, Laurence Landra, Facundo Melillo, Gregory Nardella, Evelyne Torroglosa.

Équipe technique

  • Assistante de mise en scène : Sylvia Chemol
  • Régie son et lumière : Gabriel Bosc
  • Costumes : Sonia Sivel
  • Masques et décor : Andrea Cavarra
  • Musiques : Adil Kaced
  • Affiche : Karim Kharbaoui